Par Andrée-Anne Mainville
Il arrive qu’un projet artistique te guide autrement, non pas vers un lieu, mais vers une compréhension plus profonde. Madamikana – la croisée des chemins est un de ceux-là. Lumière sur ce circuit d’œuvres d’art profondément ancré dans la culture anicinabe, qui prend doucement racine aux cinq coins de l’Abitibi-Témiscamingue cet été.
Une démarche enracinée dans la mémoire
Madamikana — La croisée des chemins est née d’un vaste projet de médiation artistique en deux volets. Le premier, Nipakanatik, consiste à recueillir des archives en tous genres (photographies, récits, objets, etc.) d’un peu partout sur le territoire, en étroite collaboration avec les communautés et les donateurs. Le second volet, Madamikana, vise à faire vivre ces archives par la création de six œuvres d’art contemporaines, imaginées par des artistes anicinabek, ou par des artistes souhaitant rendre hommage à la culture anicinabe. Le projet prend ainsi la forme d’un circuit composé de six œuvres permanentes, installées à travers l’Abitibi-Témiscamingue, chacune conçue en dialogue avec les archives et les aînés.

Photo : Minwashin
À la croisée des chemins
En anicinabemowin, le mot madamikana désigne « la croisée des chemins » : un lieu où se rencontrent plusieurs voix, celles de l’histoire, du territoire et des communautés. C’est dans cet esprit que le projet prend forme. En effet, il trace un parcours artistique enraciné dans la mémoire culturelle et territoriale anicinabe, et ouvre une voie qui permet d’aller à la rencontre de cette présence millénaire. En reprenant la belle métaphore de Gabrielle Demers, chacune des six œuvres créées agit comme un point d’ancrage, comme une étoile à contempler dans un ciel collectif, témoin du passé et du présent.

Photo : Minwashin
Minwashin : à la fois un gardien et un catalyseur culturel
Derrière cette initiative d’envergure se trouve Minwashin, un organisme culturel autochtone né en 2017 qui œuvre à la valorisation et à la revitalisation de la langue, des arts et de la culture anicinabek. Il soutient, entre autres, la création artistique, recueille les savoirs oraux, numérise les archives et développe des outils éducatifs innovants. Autant d’actions qui ont le potentiel de rassembler les gens autour de la culture anicinabe, de la faire rayonner et de nourrir un mouvement de réappropriation identitaire et culturelle.

Photo : Molly Bertrand

Photo : Minwashin
Madamikana incarne pleinement cette vision. Effectivement, en tissant des liens entre les artistes, les mémoires et les communautés, le projet rappelle que la culture anicinabe est vivante, qu’elle se transmet, s’interprète et se réinvente, et, surtout, qu’elle incarne un point de rencontre et d’échanges.
Une constellation complète
Depuis le 24 mai, date du lancement de la toute première œuvre signée Frank Polson au parc national d’Aiguebelle (secteur Taschereau), les créations du projet Madamikana prennent progressivement place sur le territoire. Chaque œuvre est dévoilée dans un lieu allié, choisi avec soin pour son ouverture, son respect des cultures autochtones et sa volonté d’en prendre soin.



Les 25 et 26 août prochains marqueront le dévoilement des deux dernières œuvres : celle d’Eliane Kistabish, à la Corporation de La maison Dumulon, et celle de Fabienne Théorêt-Jérôme, au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, campus de Rouyn-Noranda. Plus que de simples inaugurations, ces moments sont de véritables rendez-vous culturels, où tout le monde est le·la bienvenu·e pour s’immerger dans la force évocatrice de l’œuvre présentée. Reste à l'affût sur la page Facebook de Minwashin pour ne rien manquer de ces rassemblements!
Enfin, si tu es un·e passionné·e de circuits d’art, celui-ci te permet de découvrir des œuvres témiscabitibiennes incroyables qui marquent l’imaginaire et qui font notre fierté. Il n'attend que toi!