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Une mémoire collective écrite au féminin

DOMINIQUE ROY, EN PARTENARIAT AVEC L'Indice bohémien

Certaines histoires s’écrivent en lettres majuscules, alors que d’autres se transmettent plus discrètement, à voix basse, dans les cuisines, les écoles, les organismes, les familles… Val-d’Or au féminin appartient à cette seconde catégorie. Porté par la Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or et signé par l’auteure Émélie Rivard‑Boudreau, l’ouvrage vient réparer une omission historique, celle de la place des femmes dans la construction sociale, économique et humaine de la ville.

Le livre, qui sera lancé le 12 mars à la salle Félix‑Leclerc du Centre culturel de Val-d’Or, souligne l’aboutissement d’un projet ambitieux ayant nécessité quatre années de recherche et d’écriture. Imprimé à 2 000 exemplaires par la Fédération Histoire Québec, Val-d’Or au féminin sera également offert en version numérique à compter du 13 mars.

L’ouvrage se déploie sur huit grands chapitres, allant des Anishnabekwek, avant 1933, jusqu’aux femmes au pouvoir de 2005 à 2025. Plus qu’une simple chronologie, l’œuvre se veut un portrait collectif où se croisent des femmes issues de toutes les sphères de la société : artistique, culturelle, religieuse, économique, politique, judiciaire, communautaire, entrepreneuriale, éducative, familiale, institutionnelle… Ensemble, elles présentent une autre lecture de l’histoire valdorienne profondément enracinée dans le quotidien.

Pour Émélie Rivard‑Boudreau, journaliste de formation, ce projet répondait à un double désir : approfondir des enjeux qui l’habitaient déjà par son travail à la Gazette des femmes et concrétiser le rêve d’écrire un livre porteur de sens. Approchée par la Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or, l’auteure s’est engagée dans cette aventure avec la volonté assumée de mettre en lumière des récits relégués trop longtemps dans l’ombre.

Au fil des recherches, certaines réalités se sont imposées : le peu de choix offerts aux jeunes filles dans les années 1930, 1940 et 1950; l’abandon scolaire précoce; la condition des filles‑mères; la violence conjugale et les abus sexuels souvent tus. L’ouvrage fait toutefois aussi place à la résilience, à l’engagement et à la résistance. L’auteure est admirative de celles qui ont forgé l’histoire en incarnant cette capacité à transformer l’épreuve en levier d’émancipation et d’action sociale.

Val-d’Or au féminin ne cherche ni à faire la morale ni à embellir le passé, proposant plutôt un regard lucide, sensible et rigoureux sur un pan méconnu de la formation de la ville aux personnes qui s’intéressent à l’histoire ainsi qu’à celle qui souhaitent mieux comprendre le présent. En refermant l’ouvrage, une évidence s’impose : la mémoire collective gagne en profondeur lorsque toutes ces voix sont enfin entendues.

Ce lancement, un moment de rassemblement, de reconnaissance et de transmission, à l’image du livre, rappelle que Val-d’Or ne s’est pas seulement bâtie à coups de pelles et de dynamite, mais aussi grâce à des femmes qui ont soigné, enseigné, revendiqué, organisé, résisté et aimé, et ce, sans jamais passer à la postérité.