Bienvenue à la Maison Turgeon. Et surtout, bienvenue chez Marcel Bouchard.
À première vue, c’est une maison comme les autres. Posée au bout d’un rang, entourée de champs et de forêt, tranquille. Presque trop tranquille. Parce qu’en réalité, c’est l’un des secrets les mieux gardés de l’Abitibi-Témiscamingue.
Ici habite une véritable encyclopédie vivante. Un puits sans fond de savoir sur la région et l’histoire de l’exploitation forestière. Un homme volubile, généreux de son temps, toujours prêt à partager ses connaissances… et quelques anecdotes bien croustillantes (oui, oui) avec celles et ceux qui osent frapper à sa porte.
La rencontre avec Marcel
Dès qu’on arrive, Marcel est fidèle à lui-même, sourire accroché, bonne humeur au rendez-vous et envie sincère de partager. Avant même de nous laisser entrer dans les murs de la maison — construite et habitée par son grand-père maternel, et qui a aussi servi de bureau municipal jusqu’en 1988 — il nous plonge dans l’histoire du village de Chazel et de tout ce qui l’entoure.
Fin connaisseur de l’industrie forestière, Marcel raconte comment cette ressource a façonné le développement du secteur et propulsé Macamic au rang de ville la plus importante des environs dans les années 1920. Oui, oui. Macamic. (Rien contre Macamic, mais quand on parle de faits inusités… ben c’est ça.)
À un point tel que, pour des raisons politiques, Saint-Janvier-de-Chazel a même été une colonie de Macamic jusqu’en 1938.
Une colonie de Macamic. Pouvez-vous crère?

Après nous avoir expliqué que la maison a été rénovée pour la dernière fois en 1954 et que les fenêtres sont toujours celles d’origine, Marcel est enfin prêt à nous faire entrer. Déjà captivées par l’ampleur de ses connaissances et son enthousiasme contagieux, on ne se peut plus.
Et une chose est sûre : une fois à l’intérieur, les lieux sont largement à la hauteur de nos attentes.

La Maison Turgeon
À peine la porte ouverte, on le sait : l’heure réservée ne suffira pas. Devant nous, ce sont des couches d’objets, de meubles et de documents historiques qui s’empilent, et pour chacun, Marcel a une histoire. Une vraie. Racontée avec précision, passion et ce plaisir évident de transmettre.
Il nous entraîne alors plus loin dans l’histoire du village. Les familles fondatrices, leurs origines, leurs parcours. Les curés qui se sont succédé, pas toujours dans le plus strict respect de leurs vœux, à ce qu’il paraît. « J’ai fait un livre sur les douze familles fondatrices de Chazel. D’où elles venaient, ce qu’elles ont bâti, ce qu’elles ont laissé. Tout est là », lance Marcel, visiblement fier.
Entre les artéfacts se glissent des trésors : des correspondances originales d’Hector Authier et des ecclésiastiques du coin, des factures municipales datant de magasins aujourd’hui disparus, des coupures de journaux témoignant de la propagande catholique anti-créditiste.
Bref, un véritable voyage dans le temps. Dense. Fascinant. Impossible à résumer en une seule visite.
Les différentes pièces de la Maison Turgeon
Une deuxième pièce nous attend, remplie d’objets liés à la santé, au commerce et à l’éducation. De vieux manuels scolaires, des caisses enregistreuses, des dactylos qui ont réellement servi au bureau municipal, du matériel de soins infirmiers. Et, évidemment, une nouvelle salve d’anecdotes savoureuses, livrées par Marcel comme s’il les racontait pour la première fois.
La visite se termine dans les cuisines. Oui, les cuisines. Parce qu’ici, il y a une cuisine d’été. Une vraie. (Allô le rêve.) Avant de nous laisser partir, Marcel nous invite à signer le livre des visiteurs, puis nous glisse entre les mains un pot de confiture maison. Cuisinée avec soin. Et offerte avec ce même sens du partage qui habite chaque pièce de la maison.

Visiter la Maison Turgeon, ce n’est pas seulement découvrir un lieu chargé de patrimoine, rempli d’objets étonnants et d’histoires qui sortent de l’ordinaire. C’est surtout rencontrer Marcel. Un personnage plus grand que nature. Une mémoire vivante du territoire, avec qui on pourrait jaser des heures sans jamais manquer de surprises ni d’apprentissages.
Et oui, on lui a posé la question : y a-t-il des fantômes à la Maison Turgeon? La réponse, on la garde pour nous. Pour le savoir, il faudra s’y rendre. Parce que certaines histoires, ici, se méritent.
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