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S’amuser avec son terroir – Le Prospecteur

Ici, la bière a le goût du territoire. Et la fierté se sert bien froide.

Sur la 3e Avenue, artère vibrante de Val-d’Or, ça bouge. Les vitrines se succèdent, les terrasses s’animent, les gens se croisent. C’est le cœur de la ville qui bat. Et au milieu de ce mouvement, une adresse s’impose naturellement : Microbrasserie Le Prospecteur.

On s’y installe pour ralentir. Pour observer. Pour goûter.

Du haut de la terrasse, le centre-ville s’offre en spectacle. Le soleil tape juste comme il faut, les conversations se mêlent au bruit de la rue et, dans le verre, les saveurs boréales racontent l’Abitibi-Témiscamingue à leur façon. Franches. Sans détour.

Le Prospecteur, c’est plus qu’une microbrasserie. C’est une pause bien méritée après une journée à explorer la Vallée-de-l’Or. Un arrêt logique après une visite minière, une balade urbaine ou quelques kilomètres de route. On y découvre des bières inspirées du territoire, des produits locaux mis de l’avant et cette impression agréable d’être exactement à la bonne place.

Autour, tout se fait à pied. L’église Saint-Sauveur, les commerces gourmands, les bonnes tables. On passe, on s’arrête, on reste plus longtemps que prévu. Parce qu’ici, le contact est vrai. Avec les gens. Avec le lieu. Avec ce coin de pays qui ne se donne pas facilement, mais qui récompense ceux qui prennent le temps.

À Val-d’Or, le terroir ne se contemple pas. Il se savoure.

Élixir boréal

Pour Jonathan Deschamps, copropriétaire de la Microbrasserie Le Prospecteur aux côtés de Philippe Lord, la forêt n’est pas qu’un décor : elle fait partie de l’histoire. Ayant grandi entre l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec, dans un territoire façonné par la mine et les arbres, il le dit lui-même : la forêt lui coule dans le sang.

Cette relation intime avec le Nord se retrouve naturellement dans les créations brassicoles de la microbrasserie. Épices boréales, arômes de sous-bois, inspirations nordiques : chaque recette est pensée comme un clin d’œil au territoire, à ce qu’il a de brut, de généreux et d’authentique.


« Depuis l’arrivée de l’industrialisation, on a perdu le contact avec le produit, surtout avec les produits miniers, car avec l’or, on ne voit jamais le produit final qui se retrouve dans un coffre-fort.» explique celui qui jubile lorsqu’il se rend en forêt cueillir des produits boréaux. «C’est un peu aliénant de ne pas avoir le contact entre le producteur et le consommateur. Il n’y a pas beaucoup d'agroalimentaire en Abitibi, on est une région très industrielle. Pourtant, ça ajoute tellement de valeur à notre région. »

Cette boréalité - cette saveur boréale abitibienne - est un concept très méconnu et souvent sous-utilisé selon le maître-brasseur. « Il faut connaître les épices, aimer aller dans le bois et aimer y accorder de l’importance.» dit-il. «Ce n’est qu’un début, il y a encore beaucoup de travail à faire. Elle est là, la mine d’or. »


Changement de voie

Pour Jonathan Deschamps, tout part d’un désir simple : ouvrir son carnet de cueillettes et partager ses trouvailles. Champignons, fleurs, épices boréales… des découvertes accumulées au fil des saisons, qu’il rêvait depuis longtemps de faire goûter aux autres. Un « rêve de jeunesse plus ou moins sérieux », comme il le dit lui-même, devenu bien réel.

Formé en ingénierie à l’Université de Sherbrooke, où il rencontre son futur associé Philippe Lord, Jonathan fait le saut. Il laisse derrière lui son métier pour se consacrer entièrement à l’aventure brassicole.

Dans les cuves, le territoire prend la parole. Des IPA aux fleurs de thé du Labrador, une milkshake IPA parfumée au mélilot blanc… des bières qui sortent des sentiers battus et qui traduisent, gorgée après gorgée, cette envie de partager le Nord tel qu’il se vit : curieux, audacieux et profondément boréal.

« Le tourisme brassicole a pris une ampleur phénoménale depuis 5 ans, constate Jonathan. Ma plus grande fierté dans tout ça c’est quand quelqu’un vient ici et nous dit : "C’est vraiment malade ce que vous avez fait." »

Jonathan Deschamps

« Mon travail en environnement dans les mines en Abitibi me branchait plus ou moins.» confie-t-il. «Ça manquait d’authenticité et ça me manquait de toucher au produit. Pouvoir créer quelque chose de local et d’artisanal est vraiment quelque chose qui nous tenait et nous tient encore à cœur. »

C’est dans le sous-sol du pub, là où l’odeur du malt se mêle au métal des cuves, que Jonathan Deschamps et son équipe donnent libre cours à leurs expérimentations. Un espace brut, vivant, où les idées fermentent aussi vite que les recettes.

On y retrouve des classiques bien assumés, comme La Tête de pioche, une IPA américaine franche et houblonnée, offerte en format growler pour prolonger l’expérience à la maison. Et puis, il y a les bières qui sortent complètement des cadres. Hystérésis, par exemple : une bière de blé légèrement acidulée, dans laquelle se cachent pas moins de 19 légumes et 2 fruits.

Fiers de leur terroir

Aujourd’hui, l’aventure continue de grandir. Jonathan Deschamps cultive même son propre houblon et multiplie les collaborations, autant avec des entreprises locales qu’avec d’autres microbrasseries à travers le Québec. Dans les recettes, le territoire répond présent : des fermes d’ici fournissent le miel, les grains, et tout ce qu’il faut pour ancrer chaque bière dans son milieu.

Au cœur de tout ça, il y a le pub. L’âme de la Microbrasserie Le Prospecteur. Un lieu que Jonathan décrit comme une grande famille, formée autant des employés que des clients. Les habitués abitibiens y croisent des visiteurs venus d’un peu partout, curieux de goûter au Nord. Et souvent, ils repartent conquis.

Ces commentaires enthousiastes voyagent loin et contribuent à faire rayonner Val-d’Or bien au-delà de la région. « Le tourisme brassicole a pris une ampleur phénoménale depuis cinq ans », observe Jonathan Ma plus grande fierté dans tout ça c’est quand quelqu’un vient ici et nous dit : "C’est vraiment malade ce que vous avez fait." »


Le goût du territoire à emporter

Depuis quelques années, Microbrasserie Le Prospecteur a ajouté une autre porte d’entrée à son univers : un magasin général. On y passe après le pub, un sourire encore accroché au visage, pour repartir avec des bières à emporter et des produits dérivés bien ancrés dans l’esprit du lieu. Un dernier arrêt avant de reprendre la route, histoire de prolonger l’expérience.

Au comptoir, les visiteurs réalisent l’ampleur du terrain exploré : près de 200 recettes brassicoles ont vu le jour ici, toutes marquées par de fiers arômes boréaux. Et l’aventure est loin d’être terminée. Depuis quatre ans, Jonathan Deschamps travaille sur une bière 100 % locale. Une bière pensée de A à Z avec ce qui pousse et se crée chez nous. « Elle sera composée d’orge du Témiscamingue, de miel, de levures isolées et de houblon que je fais pousser chez moi, dans ma houblonnière, et d’une grande fierté des produits venant de chez nous. »

Avec cette curiosité insatiable et une créativité qui sort des cadres, Le Prospecteur s’est taillé une place de choix dans le paysage brassicole québécois. Aujourd’hui, la microbrasserie figure parmi les plus appréciées au Québec et fait rayonner Val-d’Or bien au-delà de ses frontières.